Un défi nous a été lancé mardi dernier, 4 novembre, depuis le Grant Park de Chicago, là où Barack Obama s’est adressé à la foule après sa victoire. Ce défi, Yazid Sabeg a décidé de le relever. Sa voix est plus importante que d’autres dans la lutte contre les discriminations et le combat pour la diversité.
Yazid Sabeg est en effet l’auteur en janvier 2004 des « Oubliés de l’égalité des Chances », un ouvrage co-signé avec Laurence Méhaignerie pour le compte de l’Institut Montaigne (ici à la Fnac, ici chez Amazon) fruit des réflexions d’un groupe de travail qui a fait date dans la promotion de la diversité. « Il est urgent, écrivait alors Yazid Sabeg dans sa préface, de mettre en oeuvre des programmes d’équité pour l’accès à l’emploi afin de remédier aux iniquités qui se sont accumulées et accrues au fil des générations ».
Certes, depuis, un certain nombre d’initiatives courageuses, innovantes, intéressantes, ont été prises par différents acteurs associatifs, étatiques ou issus du monde de l’entreprise. Mais le chemin reste long, très long avant de parvenir à une égalité effective. Nous sommes encore loin, très loin même, de la diversité en tant que nouveau paradigme dans l’emploi, le logement ou l’éducation.
Sommes-nous seulement sur la bonne voie ? Pas si sûr, et l’élection de Barack Obama sonne comme un coup de semonce.
Suite à ce qui s’est produit outre-Atlantique la semaine passée, Yazid Sabeg a tout à fait raison d’en appeler à un sursaut, de réclamer les moyens politiques et juridiques permettant de faire entrer la diversité dans les rouages profonds de la société, et pas seulement dans le concert des bonnes intentions, de la « communication responsable » avec, en paravent, les bonnes actions d’acteurs érigés en exemples.
Le temps de l’exemplarité est fini parce qu’il démontre ses insuffisances face à une société plus figée qu’on ne l’imagine, où l’inertie reste la règle, où l’étroitesse d’esprit reste le modèle. Les rouages de notre société, grippés par la routine et une « reproduction sociale » que n’aurait pas démentie Bourdieu, continuent d’empêcher un accès normalisé - banal pourrait-on dire - aux minorités visibles malgré les déclarations d’intention.
- Autant vous dire que je soutiens totalement donc, et ardemment, les déclarations de Yazid Sabeg qui annonce dans le Journal du Dimanche le lancement du manifeste pour l’égalité des chances. Vous pouvez le découvrir ici.
Extrait :
« (...) nous avons besoin de politiques résolument volontaristes pour l'équité et la diversité. Il ne suffit pas de proclamer l'égalité pour la faire advenir : c'est un processus de longue haleine et non pas spontané, que nous avons le devoir et l'intérêt d'engager. Les Etats-Unis ont engagé en leur temps des actions positives qui ont fait émerger une classe moyenne noire qui a été l'antichambre de l'élite. Sans doute faut-il les adapter au contexte français. Mais nous en avons tant besoin ! La France est fatiguée des médiateurs, des organismes aux dénominations tonitruantes, des actes symboliques et des déclarations formelles. »
Yazid Sabeg réclame un « programme minimal pour l'égalité réelle » dont voici les grandes lignes :
- Engager des politiques publiques qui combattent les conséquences sociales des discriminations.
- Systématiser les politiques volontaristes de réussite éducative et la promotion des talents dans les quartiers populaires.
- Promouvoir des politiques urbaines qui permettent de réaliser la diversité sociale et de peuplement.
- Inciter fortement les employeurs et le premier d'entre eux, l'Etat, à mettre en place des politiques de promotion de la diversité, fondées sur l'obligation de résultat.
- Limiter les mandats électoraux pour forcer le renouvellement du monde politique.
- Soumettre les partis politiques à un pacte national de la diversité et organiser un Grenelle de l'égalité réelle et de la diversité.
Personnellement, je compte m’engager plus encore pour la promotion de la diversité. Nous reparlerons de tout cela sur le blog, et ailleurs. De même que nous allons suivre de très près l’initiative de Yazid Sabeg.
L’élection de Barack Obama et l’Amérique nous envoient un signal fort. C’est une poignée de main que nous tend l’histoire. A nous, pays des Lumières, de la saisir ; à nous de faire de la bonne et vraie politique, celle qui change la vie des gens !

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