Suite à ma participation au débat sur France 5 avec Carole Gaessler - j'en parle ici - j'ai souhaité réaliser cette petite interview de Julien Plichon, l'une des victimes dont le sort a été évoqué dans le documentaire qui ouvrait cette soirée spéciale consacrée aux discriminations. Je remercie encore Julien d'avoir bien voulu répondre à mes questions.
Que pouvez-vous nous dire de la discrimination que vous avez subie ?
Je travaillais à la ligue de l'enseignement du Nord - FLASEN (Fédération Laïque des Associations Socio-Educatives du Nord) depuis 2002. En 2005, j'étais nommé responsable de service et en septembre 2006 chef de service en même temps qu'un nouveau directeur de fédération. Tout se passait parfaitement bien, les chiffres de mon service étaient bons. En octobre 2006, lors d'un repas, j'ai été amené à prendre la défense d'un collègue licencié un mois plus tôt ; il souhaitait revenir faire des vacations. Mes collègues, sans remettre en cause ses qualités professionnelles, se disaient "gênés"...
C'est-à-dire ?
C'était un homosexuel. J'ai découvert alors que l'on faisait courir des rumeurs de pédophilie sur son compte. C'était très malsain, je n'en pensais pas un mot, et je décidai de prendre sa défense en révélant à mon tour, mon homosexualité.
Que s'est-il passé ?
Mes conditions de travail changèrent progressivement. Le directeur essaya de savoir auprès de mes collègues si j'étais effectivement gay, puis il estima nécessaire, avec la présidente, de me prévenir qu'ils ne voulaient pas de "problèmes de moeurs" tandis que se profilait un séjour professionnel auquel je participais ; tout cela, sachant qu'ils avaient noté que l'autre accompagnateur avait une "voix efféminée" et que me sachant dorénavant homosexuel...
Ce climat devait être difficile à supporter !
Ce n'est pas tout. Ils ajoutèrent que des rumeurs de pédophilie me concernaient !
Comment avez-vous vécu cette situation ?
C'était la suspicion permanente, les regards changeaient. Un jour je suis tombé malade et à mon retour, le directeur me convoqua pour m'annoncer que l'on me retirait ma délégation de signature. Quant au personnel de mon service, il m'estimait soudain incompétent, incapable... Je suis tombé à nouveau malade, pour dépression cette fois...
Vous expliquiez dans le documentaire diffusé sur France 5, que l'on a tenté de vous licencier une première fois...
Oui, mais les motifs ne furent pas jugés suffisant pour l'inspecteur du travail. Cela dit, ils sont tout de même parvenus à leurs fins, j'ai été effectivement licencié...
Mais vous n'avez pas baissé les bras, vous êtes allé en justice et vous avez gagné ! (lire ici le jugement prononcé le 21 janvier dernier)
Oui, j'ai gagné en première instance, mais il y aura appel... Ce n'est pas terminé.
Comment voyez-vous votre avenir ?
Je ne sais pas... J'étais chef de service dans cet organisme, et me voici aujourd'hui avec un statut d'employé dans une entreprise, après 2 ans de
chômage. C'est dur. J'ai 30 ans, j'ai suivi sept années d'études supérieures avec mention (2 licences - 2 maîtrises) dans 3
domaines d'activités ; j'avais une carrière ascendante, et tout s'est écroulé... Ma situation actuelle est le résultat de l'acharnement de la direction de cet organisme à me salir et me détruire.
Quels conseils donneriez-vous à une personne discriminée ?
Tout mentionner ! Tout écrire, chaque fait, chaque réflexion, en notant scrupuleusement les dates, les lieux, les noms des témoins lorsque survient un événement. En général, les témoins n'acceptent pas de rédiger des attestations, en revanche, ils en parlent à d'autres qui eux peuvent consigner les faits... Lorsque vous disposez de ces attestations "indirectes", vous pouvez revenir sur le témoin direct et lui demander d'attester. En règle générale, il accepte ; s'il a été capable d'en parler à des tiers, il est après tout capable de l'écrire... Je recommande en parallèle de saisir la HALDE, le plus tôt possible, dès que l'on a un soupçon. La HALDE a la possibilité de contacter les témoins, et le statut de cette Haute Autorité tend à les rassurer : ils ont moins peur de témoigner. Malgré tout, il faut toujours beaucoup de courage et de patience lorsqu'on décide d'aller en justice. Il ne faut jamais baisser les bras !
Quelles sont à votre avis les mesures qu'une entreprise ou une institution doit prendre pour que ce genre de situation ne se reproduise plus jamais, quel est le message que vous souhaitez adresser aux DRH, aux dirigeants, aux recruteurs ?
Il n'y a aucune mesure qui n'existe déjà, l'important c'est de ne pas laisser faire, et si l'on constate un fait de discrimination dans son environnement, professionnel ou non, il faut témoigner ; c'est le devoir de tout citoyen. Le message que j'adresse à chacun c'est "ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas que l'on vous fasse". Il ne faut plus que des responsables se séparent de personnes pour des motifs étrangers au travail.
Merci Julien et bonne chance pour la suite judiciaire de cette histoire, ainsi que dans votre carrière professionnelle.
Je me permets d'ajouter que j'ai collaboré à la rédaction du guide de notre association "A Compétence Egale" sur les discriminations liées au "Recrutement et orientation sexuelle"

Olivier MEZIERE directeur de la FLASEN a été licencié par la FLASEN et la Ligue de l'enseignement: http://www.flasen.org/site/actualite_complete.php?id=233
Rédigé par : Max | 15 mars 2010 à 09:13
merci Olivier pour cette information
et bravo à Julien
la discrimination est inacceptable et heureusement il y a une justice.
Rédigé par : alain | 15 mars 2010 à 22:24
bonjour,
j'ai lu avec intéret les propos de M.Plichon et ils ne me surpennent pas le mensonge étant sa marque de fabrique.
je reste à la disposition du journaliste s'il veut avoir aujourd'hui, comme il aurait pu l'avoir à l'époque s'il l'avait demandé la version ma version des faits.
cordialement
O mézière
Rédigé par : olivier mézière | 05 février 2012 à 12:15